Qui Cé
Le Midi bouge
Pas trop, croyez m'en. C'est dans une toute petite ville des Pyrénées Orientales une révolte contre le fisc. Là le phylloxéra a passé, faisant la misère là où régnait l'aisance. Et maintenant il n'y a plus un sou dans les bourses.
Par les rues il n'y a plus que des mendiants allant quêter aux maisons moins dépourvues le pain nécessaire à la vie. L'implacable loi de la société imbécile courbe la population de Baixas : les vignes mortes, l'argent disparu, plus de pain. Il n'y a pas moins de blé en France, les magasins regorgent de provisions ; il n'importe...
Sinistre plaisanterie, l'homme du fisc annonça sa visite. Il fallait payer l'impôt. Payer ? Avec quel argent ? La population honnête de Baixas eut une révolte. Elle se réunit et décida de s'opposer aux saisies qui résulteraient fatalement du non paiement de l'impôt.
Le percepteur est venu : il est reparti sans un sou et la population ne se fiant pas à elle-même, a écrit une pétition au ministre de l'intérieur. Les nobles sentimeurs y fourmillent, les habitants y expliquent ce que nous savions tous : ils ne paient pas l'impôt, non parce que l'idée de l'impôt les gêne, mais parce que les bas de laine sont vides ; leurs carcasses restent, si déprimées soient-elles par le jeûne, ils l'offrent pour l'impôt du sang...
La situation est angoissante, dit le Matin. Que non pas. Les solutions abondent.
Allons, mesdames, organisez vite bals, concerts, ventes de charité, représentations au profit des désespérés de Baixas.
Allons, le ministère du Travail, cherchez bien ; il y a bien encore des rues à dépaver, pour les paver à nouveau ; on peut toujours faire travailler les indigènes de Baixas, travail utile ou inutile, peu importe, pourvu qu'il y ait travail. Vite, qu'on s'occupe de la formation d'un comité. Les fortes sommes vont y affluer. Mais surtout que les enquêtes pour la juste distribution ne tardent pas ; les indigènes de Baixas souffriraient trop de faire attendre le percepteur.
Qui Cé