Police française
Rapport du 3 juillet 1961 sur Federica Montseny
3 juillet 1961
Objet : Les anarchistes espagnols et les attentats au plastic.
Le journal « C.N.T. », organe de la « Confédération Nationale du Travail Espagnole en exil », organisation anarcho-syndicaliste, publie, sous la signature de Federica MONTSENY, secrétaire général, un article intitulé « Bandits tragiques et plastiqueurs ». On y lit notamment :
Je viens de lire une nouvelle fois le livre de Victor MÉRIC : « Les Bandits tragiques », consacré au procès contre BONNOT, GARNIER et leurs camarades. On devrait plutôt dire le procès contre leurs camarades, car BONNOT et GARNIER n'eurent pas le temps d'être jugés. Ils moururent écrasés par la force publique et ses aides bénévoles parmi lesquels Pierre LAVAL.
J'ai fait la comparaison entre le sort de ces bandits tragiques, suscitant l'indignation générale et mobilisant les gens « bien pensant » pour la défense de la société menacée et les exploits et hauts faits des plastiqueurs « bien pensant » d'aujourd'hui.
À notre connaissance, il n'y a pas d'indignation générale, pas plus que de mobilisation pour la poursuite des assassins de l'avocat POPIE, du Maire d'Évian, du policier GAVOURY et de nombreux innocents en Afrique ou en France.
Nous pouvons nous demander : Lorsque ceux qui menacent la société et pratiquent le terrorisme sont de droite, la société ne se sent-elle pas menacée ? Lorsque les bombes, le plastic, le poignard ou le révolver sont maniés par des fascistes, les citoyens pacifiques et considérés ne se sentent-ils pas en péril ? Est-ce seulement contre les anarchistes que la conscience des citoyens se réveille, s'organise, réclame des châtiments exemplaires et prend même une part dans la répression.
Enfermer BONNOT et GARNIER, mettre le feu à leur réduit, les faire périr dans les flammes, lyncher CASERIO à Lyon, tout cela a provoqué l'applaudissement général des « bien pensant ». Que nous sachions, personne ne songe à lyncher les plastiqueurs qui continuent leur ouvrage en France.
Aux temps les plus actifs du soi-disant terrorisme rouge, les anarchistes n'envoyèrent pas autant de monde « ad patres » que les nouveaux terroristes, les terroristes noirs, qui mettent en pratique tous les procédés d'extermination avec une admirable impunité dans le monde entier.
Que sont les pauvres bombes d'Émile HENRI et de VAILLANT, les aventures des bandits tragiques, devant le terrorisme systématique destiné à créer un climat de panique et d'insécurité ? Rien, en vérité.
Nous proposons la constitution immédiate d'une milice civile pour défendre les vies en péril de toutes les futures victimes des plastiqueurs pour défendre la société menacée par les disciples d'HITLER et d'EICHMANN. Nous pensons que cette initiative doit être prise en considération par tous les « bien pensant ».