Scolar
Instruction gratuite, obligatoire et laïque
Il n'est pas permis à la société actuelle injuste et irrationnelle de réaliser même des parties du programme de la société libertaire et scientifique de bientôt.
L'incohérence l'en empêche. Nous citerons souvent des exemples de ces efforts infructueux.
Les plus remarquables sont l'instruction gratuite, l'assistance sanitaire gratuite... Pourquoi gratuite la satisfaction de ces deux besoins très importants sans doute mais pas plus que tant d'autres, et même moins que certains ? Que signifient, en somme les quelques efforts faits pour ramener temporairement quelques malades à un état de santé relative un peu meilleur, alors que tout continue à faire de tous les humains des malades de corps et d'esprit ?
Mais tenons-nous en à l'instruction, et parlons surtout de la seule instruction offerte à la masse, de l'instruction primaire. Sa gratuité n'est qu'une fiction. Quelqu'un paie l'instituteur qui doit payer boulanger, boucher, propriétaire... Ce quelqu'un c'est bien pis qu'une personne, c'est l'État, cette machine à broyer, si complexe.
L'État prend dans nos poches par l'impôt, entre autres choses, le paiement de l'instituteur ; mais cet argent, avant d'arriver à destination, s'use aux trois quarts entre les griffes de tous sinécuristes ou gêneurs intermédiaires, bureaux, inspecteurs...
Ne pas oublier que l'impôt étant inversement progressif, c'est le pauvre qui paie pour le riche et il lui paie, contre l'instruction primaire, la seule qu'il partage un peu avec lui, la secondaire et la supérieure qui coûtent beaucoup plus cher que les sommes dérisoires versées par les privilégiés qui reçoivent les enseignements supérieurs pendant que l'enfant du peuple est déjà rivé à l'atelier ou à l'usine.
Et quel avantage ont le public ou l'instituteur à ce que l'argent allant de l'un à l'autre se soit ainsi tant usé en route ? L'État rendant impossible toute concurrence autre que celle des églises, ses bonnes amies et complices, a fait de l'enseignement juste ce qu'il faut pour pervertir dans son intérêt les jeunes cerveaux.
La lecture est un moyen ajouté à l'enseignement oral pour inculquer aux écoliers les idées les plus fausses sur leurs devoirs, les droits de l'État, la patrie, l'armée...
Pour la troisième fois cette année, la première épreuve de l'examen pour l'obtention par les instituteurs du certificat d'aptitude pédagogique a plutôt pour but de montrer leur aptitude à l'hypocrisie.
« Pourquoi leur demande-t-on, l'instruction morale et civique doit-elle être placée en tête du programme ? »
L'instruction morale, ce sont les niaiseries sentimentales à l'aide desquelles les jésuites tricolores ont cherché à remplacer les niaiseries de l'enseignement religieux des jésuites noirs.
Et, se confondant avec l'institution civique, elle enseigne la belle organisation de notre société actuelle, qu'il faut regarder comme parfaite, comme nécessaire !
Elle présente comme dogmes, la famille, la propriété, la religion, impose le respect de la magistrature, du clergé, de l'armée, de l'administration et de la police, et nous réjouit par le bonheur du service militaire obligatoire pour tous !
Voilà ce que l'État nous donne en échange de ce qu'il gratte de l'argent qu'il vaudrait bien mieux pour nous donner directement aux éducateurs de nos enfants.
Mais nous n'aurions pas les beaux mots d'instruction gratuite, qui charment les irréfléchis, et les font croire à la générosité de l'État.
Nous ne sommes pas moins déçus par les deux autres épithètes, toujours ajoutées à la première, pour satisfaire à une sorte de besoin musical.
Obligatoire ! Il y a à Paris, d'après un aveu officiel imprimé, 15,000 enfants qui n'ont pas de place dans les écoles... Il y a en France des centaines de mille enfants logés à plus de quatre kilomètres de l'école la plus rapprochée.
Laïque. Nous avons trouvé dans le monde trois établissements d'instruction vraiment laïque. Tous trois sont en éminent danger de mort. Pour le moment, n'augmentons pas à ce danger en les nommant.
L'École de demain serait gratuite..... comme tout le reste.
Au tas de la Science, chacun pourra librement puiser, comme à tous les autres tas, mais bien mieux encore, car par un privilège unique de la denrée instruction, plus on en prend, plus il en reste ; plus on en donne, plus on en acquiert !
Obligatoire ? Obligera-t-on les gens abondamment pourvus à manger quand ils auront faim, à se garder des intempéries ? Question nulle !
Laïque ? Question plus nulle encore si possible. Qui oserait qualifier instruction, des doctrines de pure imagination, contraires à l'observation et à l'expérience ? Il n'y a pas de laïcité, là où il n'y a pas de religions. Et la plus tenace de celles-ci ne durerait pas dix ans, si elle n'était pas soutenue par la puissance de l'argent et la violence de l'État, instrument des classes riches.
Scolar