On nous reproche souvent de faire appel aux « passions violentes ».

On nous accuse de vouloir satisfaire les « appétits malsains » de haine et de vengeance.

Il n'en est rien.

Car théoriquement nous regardons avec un égal intérêt et une égale pitié le prolétaire exploité et le bourgeois exploitant l'un et l'autre produits d'une situation dont ils sont les victimes forcées.

Mais de ce que nous considérons les hommes comme irresponsables — parce que produits involontaires d'un milieu particulier — il n'en est pas moins vrai que nous sommes obligés de conclure à la nécessité de briser les obstacles qui s'opposent à la marche de la Révolution.

Et nous nous en prenons aux hommes pour avoir raison des choses.

Nous ne nous laissons plus prendre aux phrases dorées d'une fausse sentimentalité, car nous savons, hélas ! que nos aînés, pour avoir voulu « économiser » au 31 octobre 1870 la vie de quelques bourgeois dirigeants ont été la cause involontaire du massacre de 35.000 des nôtres, sans parler de la longue et douloureuse agonie de millions d'autres victimes.

En effet, sans vouloir refaire l'histoire de cette triste journée, qui conservera dans l'histoire du prolétariat le nom de « journée de dupes », il nous faut bien reconnaître que le peuple de Paris tenait entre ses mains le personnel gouvernemental.

Il n'eût fallu alors qu'un peu d'énergie, le mépris d'un mot d'ordre et l'abandon d'une fausse humanité, et tout était sauvé.

Mais, hélas ! il y avait encore trop de préjugés, trop de respect pour la tradition, trop de confiance dans des chefs.

On tergiversa et, finalement, le mouvement avorta piteusement.

Et le peuple de Paris, une fois encore dupe de son humanité, dupe de sa foi en la puissance de la révolution centralisée, laissa échapper l'occasion unique de triompher de ses ennemis.

Verser le sang répugnait.

Agir sans la permission des grands pontifes révolutionnaires. Allons donc !

On fit grâce aux hommes de la bourgeoisie.

Aussi la déroute fut-elle complète.

La revanche ne se fit pas attendre. Les lâches, une fois à l'abri du danger, ne pardonnent pas la peur qu'ils ont éprouvée.

La semaine sanglante vint le prouver une fois de plus.

La répression fut implacable.

Et pourtant si, au 31 octobre, le peuple de Paris, conscient de sa force révolutionnaire, avait osé sacrifier les Trochu, les Favre et les Ferry, il est permis de croire que toute l'organisation bourgeoise disparaissait sans presque aucune dépense du sang prolétarien, — si follement gaspillé depuis, — pour faire place à la Révolution sociale, enfin triomphante.

Que cette leçon nous serve pour l'avenir.