Ce soir là une sage-femme du patelin m'entretenait sur le pas de la porte de la baraque vermoulue qui m'abrite plus ou moins bien du soleil, du vent et de la pluie.

Et comme elle causait, je faisais quelques réflexions que je pense utile de vous communiquer, telles que.

La matrone me parlait d'un accouchement macabre qu'elle venait d'opérer. La mère était morte, l'enfant aussi.

La mort était due à la présence d'un fibrome (excroissance de chair) dans la matrice ; les parois de l'organe amincies autour du fibrome s'étaient rompues par suite de la tension des tissus pendant l'enfantement. Rien d'extraordinaire. Le fait de mourir en mettant au monde un enfant étant malheureusement trop fréquent par suite de la dégénérescence physique. Ce qui fit l'objet de mes réflexions ce fut la cause du développement du fibrome dans l'utérus. Cette cause d'après des hypothèses scientifiques, serait tout simplement la chasteté. Ce mot très honoré et très respecté en d'autres temps est maintenant moins pris au sérieux, heureusement. Cette garce de chasteté n'en fait pas d'autres, il faut bien en convenir, et ses méfaits sont nombreux. Cette déesse des disciples de Bérenger traîne à sa remorque un vilain cortège de vices et de maladies parmi les ignorants, les naïfs, les fous, les déséquilibrés, les imbéciles qui lui rendent encore hommage de même que parmi ceux qui sont forcés de par les conditions sociales de se plier sous son joug.

D'après les déductions de certains docteurs dont j'ignore les noms (ils sont de peu d'intérêt) le fibrome naîtrait souvent du manque de rapports sexuels. Il serait un produit de l'activité imparfaite de la matrice fonctionnant en dehors de l'activité normale qui doit lui venir de l'extérieur par le coït. Il en est ainsi qu'on ne peut impunément trangresser les lois de la nature.

Les organes sont faits pour fonctionner et il est entendu que s'ils fonctionnent mal, point ou pas assez ils se détériorent ; leur action propre se dénature en des conséquences qui revêtent des formes baroques, inharmoniques.

La sage-femme, tout en appuyant très fort pour expliquer la perturbation, en question, de l'utérus, sur la privation du plaisir si prenant et si fort de la jonction des sexes ne cherchait pas d'autres raisons. En réfléchissant j'en arrivais à penser qu'il existait peut-être une cause parallèle : celle de la stérilité. La stérilité est imposée, par le plus grand nombre des femmes, à leur organe reproducteur, soit : parce qu'elles se contraignent à ne connaître jamais qu'un seul mâle, étant donné qu'il se pourrait fort bien que stériles avec certains elles ne le soient pas avec d'autres ; soit parce qu'elles font usage de préservatifs venant annihiler la puissance génératrice privant ainsi l'utérus d'un autre mode d'activité. Cela est peut-être funeste.

Ce qui ne veut pas dire que la femme, et surtout la femme anarchiste, doive, en raison de ce danger possible, accepter sans plus le rôle de couveuse constante pour le plus grand profit de nos maîtres et la plus grande joie du papa Piot. Non, car je n'ignore qu'ainsi faisant, pour échapper à certains risques, elle irait vers de plus grands encore.

Dans notre société où la table n'est pas servie d'avance pour les nouveaux venus, la gestation et surtout l'élevage des petits coûtent à la femme beaucoup de peines, de fatigues, de privations, de négation de soi-même, intellectuellement parlant.

Peut-être bien que le danger dont je parle n'existe pas du tout et que, scientifiquement, la chose est prouvée, ce que j'ignore. Si oui, tant mieux, alors. Si au contraire, il est vrai qu'il n'est pas possible de s'écnapper indemme, alors qu'on se soustrait à quelque fonction naturelle, je vois la question néo-malthusienne qui fit et fait encore tant causer perdre beaucoup de sa valeur dans les temps anarchistes à venir.

Bast, n'anticipons pas, le temps est un grand maître... laissons venir la belle... les gens de demain sauront bien se débrouiller eux-mêmes en vue de leur bonheur et s'il est sage actuellement de s'armer contre la fécondité, épée de Damoclès, au-dessus de nos amours tremblantes, il sera sage ultérieurement d'y renoncer en tout ou en partie, si la raison l'indique alors.

Mais c'est assez s'occuper de demain... occupons nous d'aujourd'hui, nous avons bien assez de besogne sur la planche. Aussi je termine et conclus en disant aux femmes : « Quand voudrez-vous ne plus rougir d'accomplir certains gestes les considérant comme honteux ? Quand voudrez-vous ne plus rougir de satisfaire votre organe matrice pas plus que vous ne rougissez de satisfaire votre organe estomac ou votre organe cerveau ?

Il faut à l'estomac du pain, il faut au cerveau des livres, il faut à la matrice de l'amour. C'est inéluctable !

Le jour, où cela sera enfin compris, nous pourrons alors goûter sans contrainte le puissant et infiniment délicieux plaisir de l'union sexuelle qui en sera meilleur encore. Ainsi du reste que tous les plaisirs de la vie quand nous voudrons les débarrasser des liens qui les tiennent en laisse : devoir, honneur, probité, etc., etc., toute la lyre du faux, du laid et de l'absurde.

Zylette